Interview exclusive de l'ancien président de l'île d'Anjouan le colonel Abeid : Sambi est l'otage du lobby chiite
BonjourMr le Président, vous qui êtes à l'origine de la réconciliation nationale et du Nouvel Ensemble Comorien, une Constitution qui confère aux îles dont Anjouan, une autonomie de gestion.
Que pensez-vous de la crise politique que traversent les Comores en ce moment ?
Bonjour Monsieur, tout d'abord permettez moi de réagir et de condamner fermement le comportement des manifestants rassemblés le 29 mars 2009 à Moroni et de l'ataraxie des autorités de l'Union qui les ont laissé brûler le drapeau français et des portraits du président Nicolas Sarkozy. Piétiner ainsi les valeurs d'une Nation, c'est manqué de grandeur.
Ceci dit, les inquiétudes sont grandes et légitimes.Malgré le dialogue inter îles initié par le chef de l'État à Moroni et poursuivi à Anjouan, les responsables politiques, opposants comme gouvernants, n'ont pas trouvé de compromis. Au contraire, une large majorité des participants s'est opposée à ce référendum. Malgré ce refus, le président Sambi organise ce référendum le 17 mai 2009. Il rejette ainsi la proposition des chefs des exécutifs des îles de Ngazidja et de Mohéli à savoir le regroupement du renouvellement des mandats du président de l'Union et des Présidents des îles autonomes dès 2010 a la fin du mandat de la présidence tournante en cours. Pa rcontre, il s'associe à la proposition du chef de l'exécutif d'Anjouan Moussa Toybou qui tient
au strict respect de la périod econstitutionnelle de son mandat qui prend fin en 2013. Ce qui veut direque Sambi est là au moins jusqu'en 2013. Sambi, en voulant jouer les prolongations, remet automatiquement en cause une des dispositions fondamentales de la Constitution : « La présidence tournante entre les îles ».
Êtes-vous d'accord avec la tenue de ce référendum et le projet de la nouvelle Constitution ?
L'accord cadre de Fomboni du 17 février 2001 met en place une transition de douze ans ce qui permet ainsi à chacune des trois îles de gérer les affaires de l'Union durant quatre ans. Il est donc inconcevable que l'on change le système à mi-parcours. Mohéli doit donc obligatoirement faire sa tournante en 2010. Le Président Sambi est mal conseillé. Il confond souvent séparatisme et autonomie. Or, je rappelle que le séparatisme a été enterré depuis le 17 février 2001 à Mohéli. L'accord cadre et la Constitution qui en a suivi ont permis au président Sambi d'être élu démocratiquement. L'organisation de ce référendum le 17 mai malgré le refus d'une large majorité de l'opinion nationale et la forte opposition des chefs des exécutifs des îles de Ngazidja et de Mohél irisque de
plonger le pays dans une crise politique sans précédent ce qui rappelleraient malheureusement les événements de Madagascar. Moije dis non au projet de réforme constitutionnelle du président Sambi afin de préserver la paix retrouvée dans notre pays. Pour moi, ce référendum est déguisé en une élection présidentielle anticipée et avec un candidat unique, l'actuel chef de l'État. Il doit terminer son mandat et laisser la tournante continuer. Si le 26 mai 2010 à minuit,il est toujours président, le risque est grand de le voir président à vie. Au dessus des lois qu'il dit et promulgue en même temps et notre jeune démocratie encore balbutiante risque de se transformer en un régime autoritaire.
Pourquoi n'avez-vous pas participé à cette table ronde et ne vous êtes pas exprimé publiquement depuis votre retour à Anjouan en mai 2007 ?
Après avoir été écarté délibérément de la course à la présidentielle d'Anjouan, je suis retourné dans mon île natale après trois mois à Ngazidja dans des circonstances particulières. L'accueil chaleureux que m'a réservé la population anjouanaise témoigne encore de la sympathie et de la confiance de celle-ci à mon égard. Étaient invités à cette table ronde tous les partis politiques, la société civile, le gouvernement et la Communauté internationale. Mais je regrette que les initiateurs et les cosignataires de l'accord cadre de Fomboni aient été écartés alors qu'on pouvait apporter un avis éclairé, le colonel AZALY Assoumani et moi-même. En ce qui concerne mon silence, vous savez monsieur, on ne prend pas le risque de s'exprimer dans un pays où la liberté d'expression est limitée. Voyez vous lorsque j'ai
décidé de sortir de mon silence le 22 avril 2009 pour donner mon avis sur la réforme constitutionnelle, ma maison a été encerclée par des militaires dans la matinée du 25 avril, la veille de l'ouverture de la campagne.Ils m'ont amené dans leur caserne dans le but de m'intimider. Voilà ce qui nous attend si on ne s'oppose pas à cette mascarade de référendum.En effet, on sait très bien que quelque soit le résultat c'est le « oui» qui sera proclamé par le clan de Sambi et à ce moment-là, il sera trop tard car nous tomberons dans un régime autoritaire avec à la tête une minorité chiite. Comment expliquer que Sambi qui a juré sur le Coran qu'il ne touchera pas une ligne de notre Constitution pour s'éterniser au pouvoir (d'ailleurs l'ancien président Azaly l'a rappelé récemment sur France24) se précipite et piétine aujourd'hui toute les règles élémentaires de
démocratie pour faire passer sa Constitution. Son intention inavouée est de mettre à mal et de fragiliser l'unité nationale ou peut être il est l'otage du lobby chiite ? Qui fait le forcing pour que Sambi s'éternise au pouvoir a fin de mieux s'enraciner dans notre pays. Sambi se dit descendant de l'imam Reza huitième Imam chiite. Mais il doit savoir que le chiisme est une secte égarée de l'islam. Pour les chiites, le Coran est falsifié. Il saccusent l'honneur de la mère des croyants Aicha, considèrent Ali"Radia Allaho Aneho" mieux que le prophète et que les musulmans sunnites comme mécréants qu'il faut exterminer. N'oublions pas queSambi a fait de la prison sous Abdallah car il voulait imposer le chiisme comme seule alternative religieuse dans notre pays. C'est pourquoi je demande à tous les Comoriens de s'opposer à cette Constitution car elle ne
sert pas les intérêts des Comores.
D'après vous, quel est l'avenir du système actuel qui régit l'Union ?
Il est vrai que l'Union des Comores est dans une impasse totale. A partir du moment où les institutions sont bafouées et la Constitution non respectée par celui-là même qui devrait en être le gardien et le garant de leur fonctionnement. Quelques exemples, deux présidents de la Cour constitutionnelle limogés en moins d'un an, le plus surprenant c'est celui de Mouzaoir, écarté entre les 2 tours de la présidentielle d'Anjouan 2008. La non promulgation de lois votées par l'assemblée de l'Union (loi contre la présence du chiisme aux Comores). La promulgation d'une loi controversée sur la citoyenneté économique avec une fausse numérotation. Le non renouvellement des assemblées des îles arrivées en fin de mandat Le non respect de l'art. 37 de notre Constitution
–«L'initiative de la révision de la Constitution appartient concurremment (=ensemble) au Président de l'Union et au moins un tiers des membres de l'Assemblée de l'Union ».
La Cour d'appel d'Anjouan dissoute et non renouvelée jusqu'à ce jour. La cour suprême n'a toujours pas été mise en place (art. 29, etc.)
Un référendum sur le devenir de nos institutions sans commissions électorales insulaires, sans recensement, sans révision des listes électorales est anti-démocratique. Ainsi des milliers de jeunes qui ont atteint aujourd'hui l'âge de voter sont ignorés et sont privés de leur droit de vote. De même, menacer les compagnies aériennes et maritimes de leur interdire l'espace aérien et maritime comorien s'ils amènent les partisans du « non » à Anjouan, empêcher les partisans de Mohamed Djanffar de retour de convalescence de France d'aller l'accueillir à l'aéroport d' Ouani en leur confiscant leur véhicule, refuser un meeting pour le « non » à Ouani, tout cela n'annonce rien de bon. Il y a un an avec ces mêmes comportements, l'UA et l'AND avaient
déclenché une guerre ici à Anjouan pour déloger ceux qu'ils appelaient les «rebelles » et dont beaucoup d'entre eux sont déportés, en cavale ou en prison.
La Cour constitutionnelle, qui a été saisie pour toutes ces violations de notre Constitution, doit prendre ses responsabilités et rappeler au président Sambi que des lois existent dans notre pays. Après Ngazidja et Anjouan,le tour revient impérativement aux Mohéliens. De plus, il y a un principe fondamental en droit qui est la non rétroactivité de la loi.Le prolongement du mandat présidentiel doit bénéficier au futur président mais pas à l'actuel. En effet, on ne peut pas être juge et partie. Sambi doit : « servir et non se servir »
Que proposez-vous alors pour éviter que le pays ne replonge dans une autre crise politique?
Que le système aille à son terme. Ce n'est qu'à partir de 2013 (la présidence mohélienne finissant en 2014) qu'il faudra appeler à une table ronde toutes les parties concernées pour faire le bilan et prendre légitimement les décisions qui s'imposent. Le changement de la Constitution n'est pas une affaire d'une seule personne !
Et surtout on n'a pas le droit de froisser les Mohéliens, ne pas oublier que ce sont eux et à leur tête leurs enfants tels que Boléro Hamada ou encore Dhoifir Bounou qui nous ont accueilli sur leur île pour qu'enfin nous aboutissions à l'accord cadre de 2001 pour mettre fin à la crise séparatiste. Ne pas oublier qu'ils ont aussi accueilli les armées étrangères de l'UA et l'armée nationale l'AND pour l'opération «Démocratie aux Comores » (plus de 1500 hommes militaires et civils).Ils ont cru à cette démocratie. Cette démocratie doit se traduire dans les faits. Mohéli doit donc faire sa tournante. Pourquoi un seul homme doit leur priver de leur tour ?
Que direz-vous à ceux qui disent que l'actuelle Constitution coûte chère à la nation?
Pour diminuer le coût des nombreuses élections, abrogeons l'article 80 de la loi électorale afin que par exemple toutes les élections aient lieu l emême jour. Pourquoi un référendum qui divise et qui va générer un coût important ? On sait que le budget de la présidence de l'Union représente 94% (sans ses départements ministériels) de celui de l'île de Ngazidja. C'est de ce côté-là qu'il faut se pencher en priorité. En effet, l'autonomie des îles est garante du bon développement socio-économique car il faut tenir compte de l'insularité et des particularités de chaque île de notre pays. Il est donc indispensabl ede maintenir des pouvoirs insulaires forts et proches de la population pour répondre à des problèmes quotidiens que le gouvernement central ne peut pas connaître.
Que répondez-vous à ceux qui vous traitent de séparatiste ?
Comme vous le savez, je suis l'initiateur et le cosignataire de l'accord cadre de Fomboni ce qui a permis de mettre en place le Nouvel Ensemble Comorien (NEC) et ainsi réconcilier les îles et les Comoriens entre eux. Pour moi, les séparatistes ce sont ceux qui veulent aujourd'hui détruire ce qui a été construit car on sait très bien que les Mohéliens n'accepteront jamais qu'on leur prive de leur tour et si les Mohéliens se retirent de l'Union, on va se retrouver dix à quinze ans en arrière.Les séparatistes c'est ce ministre de l'Union qui pour mieux diviser et semer la haine entre les îles déclare à la J.A.F de Mutsamudu qu'on ne peut libérer les 57 militaires anjouanais qui croupissent dans les geôles de Kandrani (sans aucun chef d'accusation depuis plus d'un an)car les Grands Comoriens ne le
veulent pas. Les séparatistes ce sont ceux qui veulent endosser leurs échecs personnels dans la gestion des affaires de notre pays aux forces occultes. Les séparatistes ce sont ceux qui veulent ériger l'islam en religion d'Etat pour mieux implanter leur chiisme iranien rigoureux dans notre pays et ainsi bouleverser notre pratique sunnite tolérante et modérée, et diviser ainsi les Comoriens.
Source : ianjouanpresid









